Akhtamar, le poème

De Hovhannès Toumanian

Հովհաննես Թումանյան

Texte français

Du hameau près du lac de Van,

Quand vient la nuit, chaque soir,

Un beau garçon furtivement

Se glisse vers les flots noirs.

 

Il va vers l’île de ses rêves

L’intrépide sans bateau,

Sans fatigue aucune, sans trêve

De ses bras il fend les eaux.

 

Une lueur ardente et claire

L’appelle sur l’île sombre,

Et comme un phare elle l’éclaire

Pour que dans l’eau il ne sombre.

 

La belle Tamar sait allumer

Chaque soir ce feu qui luit

En attendant son bien-aimé

Voilée des plis de la nuit.

 

La houle écumeuse palpite,

Le cœur du garçon aussi,

Les flots hurlent se précipitent,

Il les combat sans merci.

 

Déjà tout près, Tamar entend

Un familier clapotis,

Folle d’amour et cœur battant

De tout son corps elle frémit.

 

Tout est silence. Seule une ombre,

Là, sur le rivage sombre…

C’est lui… Les amants sont unis…

Nuit secrète, douce nuit!

 

Seules les vagues du lac de Van

Viennent frôler les rives,

Et chuchotant avec le vent

S’évanouissent craintives.

 

Et les étoiles dans les cieux

Médisent de l’impudeur

De Tamar, puis ferment les yeux,

Car le jour naît… il est l’heure.

 

Chaque fois que la nuit se meurt

L’un s’en retourne à la mer,

Quand sur le bord l’autre demeure

Se confondant en prière.

 

L’ennemi est , pourtant, rageur,

Il a surpris leur secret,

Il a éteind le feu sauveur,

Un certain soir, sans regrets.

 

Dans l’onde nocturne et rebelle

L’amoureux nageur s’égare;

Les vents rapportent sur leurs ailes

Une plainte:  » Ah! Tamar…  »

 

Dans les noirs ténèbres, tout proche,

Où se déchaîne la mer,

La voix se lève, elle s’accroche

Aux rocs aigus, puis se perd

Dans un râle de désespoir:

 » Ah! Tamar…  »

 

A l’aube la houle apaisée

Rejette à la grève un corps,

Sur ses lèvres, dans un baiser,

On aurait dit que la mort

Avait pétrifié deux mots:

 » Ah! Tamar…  »

Depuis ce jour, en leur mémoire

L’île s’appelle Akhtamar.

 

Source : Traduction par Benjamin TCHAVOUCHIAN 

2 réponses sur “Akhtamar, le poème”

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